L’État doit prendre ses responsabilités

Réuni le 23 juillet à la demande du ministre de l’Économie, le comité de suivi de haut niveau de La Poste devait notamment examiner l’avenir des quatre missions de service public. Pour FO Com, une question reste centrale : qui doit financer ces missions indispensables à la cohésion des territoires et à l’égalité d’accès au service public ?

Le 23 juillet dernier, à la demande de Roland LESCURE, ministre de l’Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, s’est tenu le comité de suivi de haut niveau de La Poste. Cette instance, qui n’avait pas été réunie depuis 2021, est composée des dirigeants de La Poste, des représentants des actionnaires du Groupe, de ceux de l’État, des organisations syndicales représentatives, des élus locaux, de l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) ainsi que des associations de consommateurs. Son but est d’évaluer la hauteur et la qualité d’atteinte des quatre missions de service public et de discuter de leur avenir.

Dans son propos liminaire, le ministre Roland LESCURE s’est attardé sur « cette belle entreprise que nous aimons tous, qui joue un rôle essentiel et est le premier visage de l’État et de la France dans les territoires. » Il a défini l’objectif à atteindre : projeter La Poste dans la prochaine décennie. Il a, à ce sujet, mentionné la prolongation, par l’Union Européenne, de la délégation du service universel postal mais sans, toutefois, évoquer quels seront les moyens alloués pour qu’elle remplisse pleinement son rôle.

Marie-Ange DEBON, PDG de La Poste, a présenté les grandes lignes du nouveau plan stratégique 2026-2030. Pour elle, fondé sur la confiance, il doit obtenir l’aval et le soutien des 225 000 postiers du Groupe qu’il va impacter, tant dans les domaines professionnels que personnels. Elle a précisé qu’il était important de veiller à la pertinence des missions évoquées, et que, donc, au-delà du coût, il fallait redéfinir les attentes des citoyens. C’est, à ses yeux, la garantie indispensable à la bonne utilisation des deniers publics. Elle a, par ailleurs, affirmé que, dans le contexte économique actuel, les missions de service public ne devaient pas freiner le développement des missions concurrentielles.
FO Com a rappelé que, dès 2010, par la voix de son administrateur, la question du financement des missions de service public était déjà posée. Aucune garantie n’était alors donnée à la nouvelle société anonyme. Jusqu’en 2017, c’est le service universel postal (la lettre), qui a supporté ce financement. La chute des volumes du courrier, qui ne représente plus aujourd’hui que 15% du chiffre d’affaires, remet en cause cet équilibre. Il est donc maintenant urgent que l’État prenne ses responsabilités.

Les postiers ont déjà payé le prix de l’adaptation

La Poste a, ces dernières années, mis en œuvre tout ce qui était possible pour pallier ce manque à gagner : développement à l’international, recherche de nouvelles activités, gains de productivité au travers de réorganisations et de diminution drastique des effectifs. Pour FO Com, le Groupe est maintenant au pied du mur et, en tout état de cause, il ne lui est plus possible de demander davantage d’efforts aux postiers. Pour les personnels, la coupe est pleine. Salariés et fonctionnaires ont su être résilients, patients ; ils se sont adaptés à toutes les situations, à toutes les exigences, allant même, parfois, jusqu’à changer de métier. Au nom d’efforts à consentir, ils subissent la dégradation permanente de leurs conditions de travail tout en voyant stagner leur rémunération. Dans ces conditions, nombreux sont ceux qui sont fragilisés, tant sur le plan économique que, pire, sur celui de la santé.

Le Groupe ne peut pas faire plus, les postiers ne peuvent plus en supporter davantage. Nous le réaffirmons avec force, l’État doit prendre ses responsabilités en compensant, à l’euro près, le coût des quatre missions de service public.

Force Ouvrière était également représentée par son association de consommateurs. L’AFOC a rappelé l’attachement des citoyens aux quatre missions de service public postal qui forment les fondements de La Poste et en sont sa raison d’être. En corrélation avec la mise en exergue de l’importance du maillage territorial qui garantit l’égalité d’accès au service public, l’association a alerté sur le tout numérique. Un essor trop important de la digitalisation conduirait à exclure une partie de la population. Tout comme notre Fédération, l’AFOC a exhorté l’État à compenser le manque à gagner supporté par La Poste en rappelant qu’il ne remplissait plus son rôle de gardien de l’intérêt général.

Un financement toujours en question

Pour le député Jean-René CAZENEUVE, auteur, avec Jean OBERTI, d’un récent rapport sur le sujet, la solution se trouverait dans la redéfinition des missions, par une adaptation du réseau, la digitalisation de la presse (un abonné coûte 400 euros par an à La Poste) et par une stratégie forte quant au « dernier kilomètre ».

L’ARCEP considère qu’il est important d’avoir une réflexion globale sur les missions tout en précisant que le « panier postal » moyen du consommateur est de 26 euros par an. Les changements postaux devront simplifier la vie des citoyens. Pour FO Com, il est urgent de les définir !

Les actionnaires, tout comme l’ARCEP, réclament une loi postale pour assurer un cadre législatif constant. Le ministre ne prend, à ce sujet, aucun engagement. Pour lui, il faudrait interpeller les parlementaires au bon moment. Dont acte, mais nous savons bien qu’à moins d’un an d’une échéance électorale majeure, ce « bon moment » n’est pas prêt d’arriver et que la demande resterait, c’est le cas de le dire, lettre morte.

Enfin, pour les élus locaux, par la voix, entre autres, de l’Association des maires de France, tout comme pour l’Association des familles rurales, la question est directement liée au maillage territorial et à l’aménagement du territoire.

Une réunion, mais toujours pas de réponse de l’État

Chaque partie prenante a pu librement s’exprimer et mettre l’accent sur le thème lui semblant le plus sensible, ce qui a donné un certain intérêt à cette rencontre. En plus de la nécessité reconnue d’octroi de compensations financières, certains intervenants ont insisté sur le rôle « facilitateur » que doit jouer l’État entre La Poste et des acteurs extérieurs dans la recherche de nouvelles activités d’intérêt général.

Néanmoins, le constat s’impose. Si ces intentions sont louables, force est de constater que, à l’issue des débats, La Poste se retrouve, encore et toujours, seule face aux défis à relever. Nous avons bien compris, par la voix du ministre, que ni le soutien financier de l’État ni une « loi postale », ne sont à l’ordre du jour. Quant à un débat sur la presse et ses subventions, le ministre a clairement expliqué qu’il était politiquement dangereux de l’instaurer…Pour l’heure il s’est contenté de rappeler l’attachement de l’État pour La Poste et la confiance en ses postiers…

Dans ces conditions, on peut craindre une demande d’efforts supplémentaires ! À juste titre, dans son rôle, Marie-Ange DEBON a rappelé qu’ils sont déjà très significatifs, précisant que « peu d’entreprises peuvent se prévaloir de supporter annuellement une telle charge financière (1 milliard d’euros) ».

FO Com continue et continuera à se battre, comme elle le fait depuis 2010, afin de sauvegarder les missions de service public que sont le service universel postal, la distribution de la presse, l’aménagement du territoire et l’accessibilité bancaire ainsi que leur financement. Elles sont l’ADN du Groupe.
Nous sommes, bien sûr, conscients qu’il faut parfois les adapter pour mieux répondre aux besoins des citoyens, générés par une époque aux changements technologiques constants et rapides. Pour nous, cela doit passer par une amélioration idoine et non par l’affaiblissement, voire la suppression de tout ou partie de ce qui est un patrimoine commun à tous les Français.
Cela passe par un financement à hauteur de l’enjeu, sans restriction sous couvert de rentabilité économique.
Il s’agit bien de service public, de principe d’égalité. Il n’est pas une dépense mais une richesse, c’est un garant de solidarité, de cohésion sociale et de démocratie.