La mission d’information relative aux missions de service public de La Poste, confiée aux députés Jean-René Cazeneuve et Jacques Oberti, a débouché sur un rapport exhaustif qui rejoint le constat dressé par la Cour des comptes en 2025 : le coût des missions de service public est devenu insoutenable pour La Poste. Pour rappel, il reste, chaque année, un milliard d’euros à la charge de l’entreprise. Cette situation est due à l’insuffisance de la compensation financière versée par l’État.
Un milliard d’euros reste à la charge de La Poste
Le texte a le mérite d’insister sur les manquements de ce dernier : « la trajectoire du contrat d’entreprise a été ignorée par l’État qui a considérablement réduit la compensation versée pour trois missions de service public par rapport à ses engagements […] De façon structurelle, le choix a ainsi été fait de sous-compenser le coût des missions de service public … »
Parmi les 35 recommandations, les députés proposent d’établir une nouvelle loi postale structurée sur trois axes : les missions de service public doivent être redéfinies, l’État doit mieux compenser et La Poste doit poursuivre ses gains de productivité.
Une nouvelle loi devrait imposer à l’Etat d’accroître, en lissant l’augmentation sur une période de 5 ans le taux de compensation jusqu’à hauteur de 66% du coût réel global (il était, en 2024 de 49%). Au terme d’une période qui resterait à définir, ce remboursement devrait atteindre 80%.
Cette majoration serait conditionnée aux efforts financiers du Groupe. De plus, elle redéfinirait les missions « en tenant compte des services rendus aux territoires les plus vulnérables ». Mais, de l’aveu même du ministre de l’Économie, lors du haut comité de suivi du 23 juillet dernier, une nouvelle loi postale n’est pas à l’ordre du jour, d’autant qu’arrive l’échéance électorale de 2027.
35 recommandations pour redéfinir les missions de service public
Les autres recommandations du rapport essayent d’apporter des solutions pour chaque mission. Des préconisations ont déjà été expérimentées qui nous ramènent quelques années en arrière : déploiement des boîtes CIDEX, amélioration du raccordement postal… D’autres, telle la hausse des tarifs, insistent sur le courrier non urgent (J+4). Concernant la presse, le rapport préconise l’alignement des tarifs sur ceux du service universel et l’accélération vers le numérique. L’aménagement du territoire voit revenir les guichets itinérants et basculer les opérations postales de base vers les maisons France Services. Quant à l’accessibilité bancaire, elle devrait être supportée par l’ensemble des établissements bancaires.
Il n’est pas certain qu’avec cela La Poste s’en sorte mieux. Rendre le courrier urgent hors de prix et défendre le J+4 à l’heure du numérique risque d’avoir l’effet contraire de celui recherché. Développer la presse numérique allégera, bien évidemment, les coûts supportés mais enlèvera, de facto, de l’activité avec, en corollaire, des répercussions néfastes telles que la diminution du nombre d’emplois ou encore une entrave au développement de nouvelles activités. La mise en place de CIDEX aurait les mêmes conséquences.
Les gains de productivité ne peuvent pas reposer uniquement sur les postiers
Quant aux gains de productivité, jusqu’où La Poste pourra-t-elle tenir ce type d’engagement ? Depuis de nombreuses années, les efforts consentis ont été considérables ; pendant que les volumes du courrier chutaient, pour ne plus représenter que 15% du chiffre d’affaires, celui-ci a progressé de plus de 38% entre 2016 et 2024 (jusqu’en 2017 le service postal était excédentaire). Belle performance, mais quelles conséquences, également, pour une grande majorité des postiers dont la vie professionnelle et personnelle s’est dégradée chaque année un peu plus !
Si le constat du rapport est juste, factuel, chiffré et complet, les solutions préconisées sont, une fois de plus, conditionnées aux efforts des postiers et aux gains de productivité du Groupe. Entreprise de main-d’œuvre dotée d’une flotte de véhicules considérable, La Poste va devoir continuer à rechercher de nouvelles activités dont on sait que le développement et la rentabilité ne sont pas à la hauteur des coûts, notamment celui du service universel. Tout ça pour pallier le désengagement de l’État.
Pourtant, comme le rappellent les deux députés, la loi postale de 1990 prévoyait que soit garantie « une juste rémunération des prestations de service public qu’assure La Poste, notamment des prestations de transport et de distribution de la presse ».
Quand, sans contrepartie ni contrôle, l’État verse plus de 200 milliards d’euros par an d’aides aux entreprises (la commission d’enquête sénatoriale du 1er juillet 2025 a recensé 2267 dispositifs pour un montant de 211 milliards sans compter les aides des collectivités locales et les aides européennes), il rechigne à assurer un milliard d’euros à La Poste alors même que la loi est sensée le lui imposer.
La seule solution, vraiment juste et pérenne, serait pourtant qu’il paye, à l’euro près, le coût des missions de service public comme, depuis toujours, le revendique FO Com. Bien entendu, dans notre esprit, cela n’exempte pas La Poste de rechercher le meilleur équilibre financier.
On l’aura compris, ce rapport, tout comme les propos du ministre Roland Lescure lors du comité de suivi de La Poste du 23 juillet, n’a aucune chance de faire évoluer les choses dans l’intérêt de La Poste, donc des postiers. Certes, le ministre a bien évoqué, avec emphase, « cette belle entreprise que nous aimons tous, qui joue un rôle essentiel et est le premier visage de l’État et de la France dans les territoires ».
Nous ne sommes pas sûr que cela suffise….

