édito

« Nous sommes, tous ici, antiracistes, anti-xénophobes, contre l’antisémitisme, anti-islamophobes et contre toute idéologie de rejet de l’autre ».

Cette mise au point de notre Secrétaire Général lors du Congrès confédéral de Dijon (20-24 avril 2026) était nécessaire, voire salutaire. Les congressistes, par leur ovation debout, ont démontré l’importance cruciale de réagir à une situation d’urgence, urgence à rappeler nos valeurs, urgence à faire taire tous ceux qui salissent Force Ouvrière, urgence à stopper cet insupportable procès populiste et/ou médiatique.

Mais pourquoi a-t-il fallu faire cette mise au point ? L’histoire du mouvement ouvrier n’est plus enseignée. Les combats qui ont amené la naissance des organisations syndicales sont oubliés, les valeurs sur lesquelles elles se sont construites ne sont plus gravées dans le cœur et l’esprit de l’ensemble des citoyens mais, trop souvent, reléguées au fond de sombres archives historiques. Il est donc de notre responsabilité de rappeler que Force Ouvrière s’est fondée sur les valeurs républicaines et internationalistes, des valeurs de paix, d’indépendance vis-à-vis des partis politiques, avec, pour objectif, l’émancipation des travailleurs.

Le soutien à ceux qui font fi de ces valeurs, des idées républicaines, traduit, le plus souvent, pour une grande partie des électeurs, plutôt qu’un rejet de l’autre, une résignation, un malaise, une peur (de l’avenir, du déclassement…). Il est donc primordial de combattre l’injustice, la précarité, le déclassement. Renforcer l’égalité entre les travailleurs, leur ouvrir de vraies perspectives, c’est élever des remparts contre toute idéologie dangereuse pour la démocratie et les libertés, c’est ôter l’attractivité des fascismes ou extrémismes de tout bord qui, l’histoire l’a démontré, prospèrent à l’envi sur le terreau de la misère sociale. FO s’emploie, chaque jour, à revendiquer et négocier pour plus de justice sociale : augmentation générale des salaires, des pensions et minima sociaux, défense de la protection sociale collective, sauvegarde des emplois, amélioration des conditions de travail, pour ne citer que les principales. Notre combat, sans amalgame avec de quelconques directives politiques, est le bon.

Pour exemple, rappelons qu’en 2002, entre les deux tours de l’élection présidentielle, alors qu’un candidat portait un programme fondé sur le rejet de l’autre, FO, en défilant pour revendiquer l’augmentation des salaires, s’attaquait aux vraies racines de ce mal qui entachait et qui entache encore la démocratie. Dans le même temps, les autres organisations syndicales s’inscrivaient dans un « front républicain » syndicalo-politique, dont on peut, près de 25 ans après, juger de l’efficacité !

L’indépendance chevillée dans ses valeurs, Force Ouvrière ne se substitue jamais aux citoyens et à leur choix électoraux. Cette attitude est la seule qui permette, en toute circonstance, dans n’importe quel contexte, la défense de la démocratie et des valeurs républicaines. C’est ainsi que, comme le rappelle régulièrement notre Secrétaire Général, Frédéric Souillot, « nous n’appelons jamais à voter pour l’un ni contre l’autre ». Mais il est souvent difficile d’expliquer la nuance, le raisonnement, la réflexion. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information en continu, où se mêlent beaucoup de pire et un peu de meilleur, le réflexe, la facilité, conduisent trop souvent à voir le monde soit en noir, soit en blanc. Ce manichéisme amène beaucoup de citoyens au raisonnement simple, voire simpliste, que ne pas appeler à voter contre c’est être pour.

Ce faisant, ils salissent FO, oubliant son indépendance, méconnaissant son histoire, méprisant ses valeurs. Alors, quelles que soient les attaques qu’elle subit, pour FO, la facilité n’est pas de mise ! Les nouveaux Panurge ne feront pas de nous des moutons bêlant en chœur ! La situation économique nous oblige au renforcement, au développement de notre organisation syndicale pour mener des combats victorieux. L’indépendance nous oblige, elle, à la pédagogie et à la rigueur. Encore et toujours, plus que jamais.

Christine BESSEYRE