Sans Frontières

Dérives du management de la Deutsche Post

Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, a promis une « réaction » pour que le géant de la logistique et du courrier Deutsche Post cesse de pénaliser les salariés qui tombent malades trop souvent ou jugés trop lents. M. Scholz réagissait à la publication d’un article de l’hebdomadaire « Bild am Sonntag » (BamS) révélant que Deutsche Post privait de contrat à durée indéterminée les employés en contrat déterminé ayant été malades plus de six fois en deux ans ou qui ont accumulé plus 20 jours d’arrêts maladie. En outre, les facteurs en CDD n’obtenaient pas de CDI s’ils effectuaient trop lentement leur tournée. Le groupe avait confirmé les informations du BamS et justifié ses pratiques d’emploi selon lui « transparentes » et « non arbitraires ». Mais cela jette surtout une lumière crue sur le recours systématique aux CDD dans une branche en pleine expansion. Trois milliards de paquets doivent être livrés cette année en Allemagne. Il y en aura quatre milliards en 2021. La « Post » a créé une filiale low-cost, Delivery, et continue d’enrôler des intérimaires, de 4 % à 14 % selon le syndicat Ver.di. La Deutsche Post refuse de préciser son nombre de CDD et rappelle qu’elle a embauché 9 000 personnes l’an dernier.

État des lieux des postes en Europe

La 5e conférence d’UNI Europa Poste et Logistique s’est déroulée du 3 au 5 octobre à Riga en Lettonie. Elle a regroupé près de 130 délégués syndicaux. Cette année marque le 20e anniversaire de la première directive postale de l’UE. Au cours des deux dernières
décennies, la Commission européenne a permis la libéralisation des postes en utilisant trois directives postales (1997, 2002, 2008).
Les différents syndicats n’ont pu que constater l’échec de la libéralisation des postes en Europe. Il n’y a quasiment pas de concurrence sur le marché postal traditionnel. Il n’y a pas non plus de signes d’amélioration des services postaux pour les consommateurs. La libéralisation, en raison de ses règles et à ses contraintes artificielles dans le financement des services postaux, a ajouté aux difficultés rencontrées par les opérateurs postaux, comme la substitution numérique et la crise financière.
En Europe, le secteur est confronté à d’énormes changements, mais à des vitesses différentes. Les postes ont dû développer de nouveaux services et innover pour contrer la baisse du volume des lettres. Les postiers sont maintenant des transporteurs
de colis, des agents d’assurance et de banque, ou des employés de commerce et tous ont dû s’adapter à cette nouvelle réalité.
Les postes européennes représentent encore plus de 1290605 postiers, dont 220572 en France. Une 4e directive postale serait en cours de rédaction. Elle pourrait conduire le marché postal à une concurrence encore plus exacerbée et réduire l’obligation de service universel au strict minimum, détruisant encore plus d’emplois postaux. Les syndicats, dont FOCom, appellent le législateur européen à soutenir les entreprises postales dans le développement de nouveaux services au lieu d’attaquer encore plus leur structure
et leurs missions. C’est le seul moyen de garantir des emplois
de qualité dans le secteur.
FOCom, au travers de l’UNI, a rappelé la nécessité d’une campagne active pour maintenir les missions de service public et promouvoir des emplois de qualité. Elle a également demandé la mise en place d’un système de réglementation parmi les entreprises du colis transfrontalières afin de préserver les conditions de travail et les rémunérations des salariés. La France restera au coeur des débats d’UNI Poste et Logistique avec la réélection d’Isabelle Fleurence, responsable FOCom du Secteur Poste, au sein du comité directeur européen.

Contre le harcèlement au travail !

L’Organisation Internationale du Travail (OIT) prévoit de discuter d’une norme sur « les violences contre les femmes et les hommes dans le monde du travail ». Interrogée comme les autres États, la France refuse « systématiquement toute approche spécifique des violences fondées sur le genre ». L’argument est que le code pénal français s’articule autour d’un principe d’équivalence des discriminations (origine, sexe, situation de famille, grossesse, apparence physique, situation économique…) ce qui rendrait « inopportun de mettre en exergue certains types de discriminations par rapport à d’autres ».
Pourtant, refuser de traiter la question des violences fondées sur le genre dans la norme OIT conduirait à empêcher la mise en oeuvre de politiques de prévention et de sanctions appropriées. Ce que FO a fait valoir avec d’autres organisations syndicales, au premier ministre, avant la journée internationale contre les violences faites aux femmes.

Une retraite de plus en plus tardive

L’OCDE a publié une comparaison des politiques des retraites et de leurs résultats dans ses 34 pays membres. Selon cette étude, l’âge de la retraite permettant de bénéficier d’une pension à taux plein est en hausse et va continuer d’augmenter.
En tenant compte des législations actuelles, l’âge de départ moyen dans ces 34 pays va passer de 64 ans en 2014 à 65,5 ans à la fin des années 2050. Dans le futur, l’âge « normal » de la retraite pourrait dépasser allègrement les 70 ans en Italie, aux Pays-Bas et au Danemark où il atteindra 74 ans. Ces trois pays ont mis en place un ajustement automatique de l’âge de départ en fonction de l’évolution de l’espérance de vie.
En France, un salarié qui a commencé à travailler à 20 ans en 2014 pourra prétendre en 2060, après une carrière complète, à une pension à taux plein à l’âge de 64 ans, sachant qu’aujourd’hui il est à 61,7 ans. Cela est dû à l’allongement progressif de la durée de cotisation à 43 ans en 2035 issu de la réforme des retraites de 2014, et à l’abattement de 10 % sur les pensions complémentaires à partir de 2019 pour ceux qui refuseront de travailler un an de plus.
L’augmentation de l’âge légal de départ à la retraite se heurte à une autre réalité : des départs effectifs plus précoces liés à la situation de l’emploi. Dans plusieurs pays, les actifs continuent de quitter le marché du travail bien avant d’avoir atteint l’âge officiel de la retraite.
Les personnes qui quittent le marché du travail entre 55 et 64 ans le font pour des raisons indépendantes de leur volonté, comme les licenciements (individuels et collectifs), la maladie et l’invalidité. En France, le taux d’emploi des 55-59 ans, en hausse ces dernières années, n’atteint que 70 %. Et celui des 60-64 ans chute à 28 %. Dans le même temps, les jeunes entrent plus tardivement sur le marché du travail, et les périodes de chômage vont influer sur les revenus des retraités.
Pour FO, en l’absence de mécanismes permettant de contrer l’effet des interruptions de carrière sur les droits à pension, les évolutions actuelles des régimes de retraite risquent d’accentuer le risque de pauvreté.

BRUXELLES choisit ses paradis fiscaux

Le 5 décembre, la «liste noire» des 17 paradis fiscaux dans le monde, adoptée par les ministres des Finances des 28 États de l’Union européenne a été dévoilée. Une « liste grise» comprend 47 pays sous surveillance. Cette publication laisse plus que sceptique. Aucun État membre ne figure sur cette liste, alors que Malte et les Pays-Bas sont au coeur des dernières révélations des Paradise Papers. Exit aussi certains territoires d’Outre-mer français (Nouvelle-Calédonie) et danois (Groenland et îles Féroé) comme les dépendances de la couronne britannique (Jersey, Bermudes, îles Caïmans), tous présents dans la liste noire d’Oxfam.
Oxfam a appliqué les propres critères de l’UE aux 92 pays passés au crible, ainsi qu’aux 28 États membres de l’UE. Selon l’analyse de cet organisme, au moins 35 pays non-membres de l’UE devraient figurer sur cette liste noire européenne, ainsi que quatre États membres : l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et Malte…