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DISCRIMINATIONS : gare aux conséquences !

Outre les discriminations sociales devenant de plus en plus prépondérantes dans notre société, les discriminations au travail sont tout aussi présentes. On peut en distinguer deux catégories. La première, qualifiée de « directe » et répréhensible par la loi, représente une situation où une personne est traitée de façon moins favorable qu’une autre dans une situation comparable. Elle peut être liée aux origines, au sexe, à l’état de santé, au handicap, à une grossesse, etc. La deuxième catégorie est plus subtile car moins explicite. Elle résulte d’une disposition, d’un critère ou d’une pratique, qui se base sur les discriminations directes évoquées partiellement ci-dessus et entraîne le désavantage d’une personne face à une autre.

Détenir des chiffres reste exceptionnel

Autant certaines discriminations peuvent être davantage perceptibles, autant d’autres sont plus subjectives… Aussi, des sujets vont être plus investis que d’autres. Si on se penche du côté des différents chercheurs et statisticiens sur ce thème, le constat est clair : il y a un déficit d’études sur les discriminations. Comment intervenir contre ces dernières si on ne peut pas s’appuyer sur des données concrètes ou des actes notables ? Par exemple, les discriminations liées au genre, aux origines, à l’appartenance ethnique ou à la classe sociale demeurent encore très compliquées dans les entreprises.
Il faut même parfois partir de loin pour aboutir à une certaine lucidité face aux discriminations. Est-ce que j’ai bien conscience d’avoir été victime d’une discrimination ? Ai-je envie d’en parler au risque d’aggraver le problème ? Vers qui me tourner ? Puis-je réellement être aidé ?… Il peut exister beaucoup de questions pouvant être posées par les victimes quotidiennes de discriminations. Et dès lors que la parole ne se libère pas, il s’avère difficile d’avoir des études fiables sur lesquelles s’appuyer. Même si des accords sont actés afin de venir prouver la bonne volonté des entreprises à enrayer certaines dérives, il n’en demeure pas moins que les actions à mener contre les discriminations se font sur le volet du cas par cas. Une alerte permanente et constante doit être mise en place pour accompagner les victimes.

Ne pas sous-estimer l’impact sur la santé

Les discriminations au travail, l’insécurité de l’emploi, les différences salariales, sont nocifs pour la santé des salariés. Prenons l’exemple des bas salaires : ils sont souvent synonymes d’emplois pénibles et précaires rendant ainsi cet indicateur comme étant une source de risques pour la santé et la sécurité des salariés. Faut-il encore avoir franchi la barrière des possibles discriminations à l’embauche ?… De même, il y a des conséquences sur la non-reconnaissance d’un facteur de pénibilité au sein d’un secteur d’activités. La Confédération Internationale du Travail (CSI) a pourtant pointé du doigt en 2017 de nombreux sujets. Une majorité d’études sur les maladies professionnelles prend en compte les expositions masculines, au détriment de celles pour les femmes. Dans les soins ou en tant que caissières, les femmes peuvent soulever plus de poids en une journée de travail qu’un ouvrier du bâtiment ou un mineur. Rien n’est évoqué sur le fait que le cancer du sein ne soit pas encore reconnu comme maladie professionnelle dans certains secteurs comme l’agriculture, l’industrie plastique ou le conditionnement alimentaire. Pourtant, il est « probablement le cancer professionnel mortel le plus fréquent », indique la CSI.

De nombreux risques psychosociaux peuvent aussi émerger. La violence de certains propos ou actes, le stress généré par diverses situations comme de perdre son emploi ou bien encore culpabiliser un salarié en arrêt maladie conduisent à des effets notoires sur la santé psychique, poussant parfois à des actes à l’issue dramatique. À ce titre, les entreprises se doivent d’appliquer une politique de prévention et de surveillance. Un cadre réglementaire existe avec plusieurs dispositions générales. Mais dans les cas entrant dans cet inventaire, les risques psychosociaux en tant que tels seront moins appréhendés pour d’éventuelles sanctions, préférant s’arrêter seulement sur le non-respect d’obligations particulières de prévention.

Mais alors, que faire pour agir face aux discriminations ?

L’attention des syndicats sur ce sujet existe depuis des décennies. Pour FO Com, être traité de manière égalitaire devrait être la norme. Notons également que l’entreprise peut s’avérer être un lieu privilégié à l’intérieur duquel les pratiques sont susceptibles d’évoluer en étant l’instrument d’un possible changement. Les actions menées prouvent la place centrale des syndicats dans les entreprises pour lutter contre les discriminations. Le point d’orgue reste la négociation collective, débouchant sur l’application d’accords d’entreprise. Ces derniers permettent la rédaction de plusieurs mesures, indispensables pour aider au quotidien dans ce combat. Mais ne nous méprenons pas… La bataille n’est pas à armes égales puisque la plupart des faits font difficilement l’objet de preuves.

Cependant FO Com, en lien avec la Confédération Force Ouvrière et UNI Global Union, reste vigilante en permanence. Nos débats et nos différents travaux nous permettent d’échanger avec différents acteurs du quotidien (experts, statisticiens, médecins, élus,…) afin de parfaire nos connaissances sur ce sujet et identifier les divers éléments que peuvent constituer une discrimination. Pour contrer un adversaire, autant le connaître !
FO Com est moteur dans l’ensemble des négociations autour des accords d’entreprises. À chaque échéance, nous veillons à ce que chaque travailleur ne soit pas oublié, que l’ensemble des prérogatives confiées à l’entreprise soit encadré par écrit, parfois au mot près… Et bien évidemment de veiller à l’application de ces accords.
Les militants syndicaux sont aussi présents au plus près des travailleurs. Notre représentativité et nos implantations sont un gage d’actions pour enrayer ces phénomènes et stéréotypes. Ce maillage est essentiel pour accompagner, aider, soutenir les victimes des discriminations mais aussi trouver une issue pour toutes les parties engagées dans d’éventuels conflits.

Notre objectif est simple : Faire en sorte que chacun puisse travailler dignement avec un salaire décent. Une place est possible pour chacun d’entre nous dans la société.

Handicap et Télétravail : entre atouts et vigilance accrue

S’agissant des personnes en situation de handicap, certains ont pu voir dans le télétravail de nouveaux avantages, occultés par les différents acteurs de l’entreprise qui n’ont pas souvent conscience des inégalités et difficultés rencontrées.
Accès des transports en commun et des parkings, dans leur bureau à l’intérieur du bâtiment pour participer à une réunion, se rendre à la machine à café, aux toilettes, ou bien encore prendre un repas, toutes ces pratiques quotidiennes liées à la vie professionnelle sont des combats permanents pour une personne en situation de handicap. Côté organisation de travail, chaque travailleur potentiellement concerné par le télétravail a dû fournir le même effort d’adaptation à cette nouvelle forme de travail, souvent inconnue pour certains ou peu pratiquée. De ce fait, le télétravail peut ainsi être une solution partielle et individualisée pour concilier handicap et organisation de travail car toutes ces petites choses du quotidien sont effacées. Mais on l’oublie trop souvent, faire partie d’une entreprise donne le sentiment d’appartenir à un collectif : pas toujours évident lorsqu’on travaille à distance… Le télétravail peut augmenter le risque d’isolement des personnes déjà fragiles, aboutissant à de nouvelles formes d’exclusion sociale.
Tous ces éléments permettent une déduction limpide : le confinement et l’accroissement des activités télétravaillable doivent être une opportunité pour projeter, essayer de nouvelles relations au travail se voulant plus égalitaires et plus inclusives. Notons que le rapport annuel d’activités 2019 du Défenseur des Droits vient d’être publié. Pour la troisième année consécutive, le handicap constitue le premier critère de discrimination, loin devant l’origine (14,5 %) et l’état de santé (10,3 %)…

Nouvelles formes / organisations de travail : entre progrès et limites programmées ?

Dans les années 60 - 70, les évolutions de l’informatique et de l’automatisation ont bouleversé les organisations de travail et le salariat connus jusque lors. Les employeurs ont vu un levier pour économiser de la main-d’œuvre et augmenter leur productivité, tandis que les salariés ont estimé ses avancées significatives comme un reconnaissance concernant les tâches dites pénibles. Pourtant, si on dresse le bilan de ces 50 dernières années, les effets produits peuvent avoir des conséquences non négligeables pour tous les acteurs du monde du travail.

Travailleurs : leurs places changent et des risques apparaissent

Finie la hiérarchie verticale, on demande de plus en plus aux salariés de faire preuve de créativité et d’autonomie dans les processus de production. Mais paradoxalement, les personnels sont confrontés à des formes de soumissions très strictes, à des normes et des prescriptions. L’heure est à la mobilité, à la polyvalence. La remise en cause des hiérarchies classiques est rythmée avec comme seul mot d’ordre : zéro temps mort, zéro perte. Notons que les entreprises visant constamment une productivité à flux tendu, les travailleurs doivent faire face à la dure différence entre travail prescrit et travail réel.

teletravailCette notion est davantage perceptible avec la digitalisation des tâches à effectuer. L’intensification du travail permise par la transformation numérique remet en cause, pour certains métiers dans certaines entreprises, la mesure de la charge de travail par le temps de travail. Prenons l’exemple du télétravail qui peut favoriser l’émergence de situations à risques d’un point de vue psychosocial. En effet, l’organisation de l’activité modifie, à la fois celle du salarié en télétravail, mais aussi celle de ses collègues et de sa hiérarchie. Ces reconfigurations peuvent ainsi engendrer de nouveaux risques pour les salariés, comme une durée ou une charge de travail excessive, la désynchronisation des horaires de travail, le brouillage des frontières entre les divers temps sociaux et un envahissement de la vie privée. Le développement du télétravail pose désormais la question de la santé au travail hors les murs de l’entreprise pour une population croissante de salariés et dont la formation et la prévention, comme toute évolution, en sont les corollaires.

CDD, intérim, auto-entrepreneurs, contrats aidés, rémunération à la tâche : l’emploi davantage précarisé

C’est un fait, la demande sur-mesure et instantanée provoquée par les souhaits des consommateurs, toujours plus pressés et férus de nouveautés, voit une progression fulgurante. Il en découle une course effrénée à une productivité et une rentabilité plus massives pour les entreprises. L’hyper-concurrence entre entreprises crée alors des modifications d’organisations de travail, car chacune veut avoir sa part de marché. Mais cette flexibilité prescrite aux entreprises se retrouve également imposée aux travailleurs, transformant le modèle du contrat à durée indéterminée à des offres de travail « à la demande », à l’image du tâcheron du début du XXe siècle.

à titre d’exemple, Amazon propose désormais à tout habitant des États-Unis, âgé de plus de 21 ans disposant seulement d’une voiture et d’un smartphone, de devenir livreur occasionnel. Mais le cas le plus significatif de cette nouvelle économie demeure le cas des travailleurs de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC), qui se retrouvent placés dans une zone grise, ni réellement indépendants ni réellement salariés. Cette « ubérisation » s’appuie notamment sur le flou juridique autour de la notion de « travailleur indépendant » permettant aux entreprises du secteur de se défausser de leurs obligations (paiement de toute couverture sociale, salaires, congés payés, etc.) et ce, malgré un lien de subordination évident (application téléphonique qui contrôle les activités, clients qui attribuent des notes, standards imposés par les entreprises).

Un arrêt de la Cour de Cassation datant du 4 mars 2020 provenant a répondu à une attente forte de Force Ouvrière : un chauffeur n’est pas indépendant quand il travaille pour la plateforme Uber. En effet, cette dernière fixe les prix des courses, impose les itinéraires et sanctionne le chauffeur en cas de non-respect des règles fixées. Il existe donc un lien de subordination mis en lumière par la justice, justifiant la requalification de la relation contractuelle, entre les deux parties, en contrat de travail.

Outre le cadre légal et les interrogations que soulèvent ces nouvelles formes de travail, penchons-nous sur les conséquences sociales, et plus particulièrement la notion de précarisation. Un constat flagrant a notamment était observé. Les personnes qui ont des compétences développées et recherchées seraient dans une position plus enviable et pourraient faire le choix de l’autonomie, de la qualité de vie, etc. En revanche, pour les non-qualifiés, le recours à ces formes d’emplois témoigne souvent de difficultés d’insertion professionnelle et d’inscription dans un marché secondaire de l’emploi dégradé.

Traduction de ces nouvelles formes d’emplois dans nos entreprises

Le secteur des Postes et Télécommunications n’échappent pas à toutes ces grandes tendances. Les nouvelles formes d’emplois ont vu le jour depuis plusieurs années. Fin du statut de fonctionnaire et de la protection juridique y étant lié, augmentation du nombre de filiales, développement du numérique dans le quotidien des personnels… Cela est aux antipodes des services publics, n’est-ce pas ? Derrière ce cri d’alarme que FO Com scande inlassablement, il y a en fait plusieurs « fenêtres de tir » qui amenuisent les services publics. Et oui ! Nous pouvons ajouter à cela les projets de lois et autres manœuvres des gouvernements, le désengagement financier de l’État accompagné de budgets restreints, les restructurations entraînant une diminution des effectifs, etc. Tant vanté comme essentiel à la vie de la Nation par le gouvernement et reconnu d’utilité publique pour chaque citoyen, notre secteur subit la privatisation depuis plusieurs années tout en ayant l’obligation d’être aux rendez-vous des missions de service public.
Nous participons activement à l’élaboration d’accords visant à encadrer les nouvelles pratiques. C’est un levier essentiel pour éviter toutes formes de dérives, avec les risques que nous connaissons pour la santé des personnels. C’est notamment le cas du télétravail ou de l’application du droit à la déconnexion, reconnue par la loi depuis 2016.

Quand on écoute les grands dirigeants d’entreprises, les discours sont un éternel refrain : les salariés devraient s’estimer heureux d’avoir une aide complémentaire financière en ces temps hostiles !
La norme ne devrait pas être la distribution d’aumône et la concurrence entre salariés, mais une réelle politique pérennisant les emplois et les savoir-faire, garantissant les droits des travailleurs de même que des salaires décents.

LE SERVICE PUBLIC : fierté de la France, attaqué sans relâche

Gage de protection des citoyens et de réduction des inégalités, le Service public constitue un des piliers de la République. Pourtant de réformes à privatisations, les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de casser ce modèle social unique et exceptionnel, invoquant la modernité et sacrifiant l’intérêt général. Bon nombre de citoyens sont attachés aux services publics. Globalement satisfait, une majorité de français se dit même prêt à payer davantage d’impôts pour améliorer leurs fonctionnements.
Force Ouvrière appelle à un réel débat afin d’établir les besoins actuels des Français et ainsi redéfinir les missions de Service public adaptées au monde d’aujourd’hui.

Le statut des fonctionnaires : 225 attaques en 30 ans

La logique libérale voudrait que tout ce qui est subventionné doit rapporter. Or, la vocation des services publics n’est pas de faire de profit mais de rendre de réels services aux usagers, un « amortisseur social » précieux. La conception du service public français et le statut juridique des fonctionnaires sont inacceptables aux yeux de cette élite qui cherche à faire ruisseler son idéologie libérale dans notre société. Pour autant, la France n’a pas de surreprésentation des agents publics. Au contraire, elle se situe dans la moyenne haute des pays développés, derrière les scandinaves et le canadiens, et juste devant le Royaume-Uni. Une étude de décembre 2017 réalisée par France Stratégie dénombre 89 agents publics pour 1 000 habitants (ndlr : et nous savons bien que ce chiffre n’est pas en évolution croissante…). Ce n’est ni leur évolution, ni leur nombre qui démontrent leur efficacité dans notre pays mais le fait que les agents publics sont protégés par la loi, dans le cadre d’un statut juridique garant de l’intégrité et de la neutralité.

égalité de traitement

Recul des relations physiques, corollaire du numérique

Pour les citoyennes et citoyens, les enjeux sociétaux sont nombreux. Le principal est lié à une problématique fondamentale : celle de l’inclusion numérique, c’est-à-dire la nécessité de donner accès à tous au numérique et surtout aux opportunités qu’il permet. L’étude Mazars réalisée en février 2019 nous donne quelques indicateurs prévisibles : près de quatre Français sur dix pensent que les outils numériques permettent de rendre les services publics plus accessibles mais 47 % considèrent que les dé-marches restent cependant compliquées et 80 % estiment que la digitalisation a conduit à une déshumanisation du Service public. Cette dernière donnée alerte notamment le défenseur des droits pour une raison plus qu’évidente. Le numérique engendre l’exclusion et est pourvoyeur d’inégalités, soit par défaut d’équipements techniques (détention d’outils informatiques, zones blanches), soit parce qu’ils ne maîtrisent pas les outils ou les modes opératoires à effectuer lors de démarches numériques, du fait de leur âge ou de leurs connaissances. À croire que la dématérialisation des démarches est avant tout menée pour réduire la dépense publique.

intérêt général

Quand tout sera privé, on sera privé de tout

La technique est bien rôdée pour faire adhérer à la nécessité des privatisations auprès de l’opinion publique. Noam Chomsky, célèbre linguiste américain, décrit avec objectivité ce mécanisme : « Comment détruire un Service public ? Commencez par baisser son financement. Il ne fonctionnera plus. Les gens s’énerveront, ils voudront autre chose. C’est la technique de base pour privatiser un Service public ». Les privatisations n’amènent rien de bon, tant du côté des usagers que de la politique d’emplois. Dans les années 2000, tout le monde se souvient du scandale qu’avait provoqué auprès des Français la privatisation des autoroutes, s’étant traduite par une hausse des tarifs pour les usagers et des rentes exorbitantes pour les concessionnaires. Le même scénario est en train de se reproduire avec la privatisation d’Aéroport de Paris. Les incompréhensions subsistent tant dans la vente d’un bien public qui rapporte (Résultat net Groupe ADP en 2017- 2018 : + 6,9 %) que sur l’enjeu du contrôle des frontières.

neutralité

Activités postales et télécommunications : qu’en est-il ?

En 1990, la séparation des PTT en deux entreprises bien distinctes fut le début d’un recul pour le Service public lié aux communications. France Télécom devenue Orange, les effets de la privatisation n’ont pas tardé à se faire sen-tir : baisse de développement et ouverture à la concurrence, diminution des effectifs et réorganisations fréquentes, fin du monopole et désignation au doigt mouillé des opérateurs chargés du service universel – et non plus de missions de service public – par le ministre chargé du Numérique, le dictat de la rentabilité était lancé ! . Un certain nombre d’usagers peuvent y voir une avancée en terme de prix des abonnements, mais le service rendu n’est pas forcément à la hauteur. Et oui ! En multipliant les concurrents, la course effrénée à l’extension du « portefeuille client » prend une dimension spectaculaire, au détriment du développement et de l’investissement permettant d’améliorer le service.
Pour les activités postales, le contexte européen depuis les années 2000 est loin d’être satisfaisant et on constate la libéralisation à tout va des Postes, entraînant également l’ouverture à la concurrence. Cette dernière n’a pas amélioré les services aux usagers mais pire, elle a fragilisé La Poste déjà en difficulté pour relever les défis de l’évolution économique, en particulier le développe-ment numérique. Face à la baisse du volume du courrier, due aux changements de mode de communication dans notre société, il est raisonnable de penser que La Poste doit s’adapter. Cependant, les réorganisations mal pensées et déployées de façon hasardeuse, au mépris des conditions de travail des postiers, sont monnaie courante. Actuellement, nous vivons le déploiement du ré-seau des maisons France Services. Ce projet a impliqué la restructuration du maillage de La Poste et conduit à penser que l’État souhaite la privatisation des services publics, en ayant pour seul objectif la réduction de la dépense publique.
En bref, la notion de service public s’éloigne un peu plus des usagers chaque jour, au détriment de l’égalité et de l’équité, valeurs dont Force Ouvrière est fermement attachée.

continuité de service

L’engagement syndical dans le futur monde du travail

Dans la société actuelle en profonde évolution, nombre d’enjeux se profilent dans un horizon proche et le collectif y a toute sa place. Ces dernières semaines, plusieurs actions en sont la preuve : manifestations et rassemblements de divers corps de métiers, urgence climatique, discriminations, gilets jaunes, etc. Autant de traductions de la réussite d’un rassemblement collectif autour d’idées qui fédèrent les femmes et les hommes. Certes, les résultats de ces rassemblements peuvent être aléatoires. Il n’en reste pas moins que c’est un premier pas pour se faire entendre. Deux sentiments majeurs drainent ces mouvements : l’indignation et l’envie de faire avancer les choses positivement. Les prises de conscience peuvent naître à toutes les échelles. Mais penchons-nous sur le mouvement syndical et l’engagement de ses militants.
Force est de constater que le monde du travail va mal : chômage de masse, CDD à répétition, retraites incertaines, conditions de travail en berne, salaires qui stagnent… Les inégalités se creusent, la pauvreté augmente, y compris lorsqu’on a un travail, et la crise du logement devient préoccupante. De plus, beaucoup de salariés ne trouvent plus de sens dans leur travail. Au travers du dialogue social à l’échelle de l’entreprise, il est important d’alerter les employeurs sur les potentiels risques que cela peut engendrer, mais aussi de sensibiliser les salariés à rejoindre le mouvement syndical afin de donner plus de poids pour être représenté.

Les enjeux de demain : « Ensemble » doit demeurer la norme

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Face à la question de l’isolement dans l’entreprise, les syndicats répondent : le collectif, la solidarité et la préservation des biens communs !
Les organisations syndicales mobilisent, contestent, proposent, revendiquent et négocient pour obtenir des droits collectifs et individuels supplémentaires. Au travers de l’histoire, les syndicats ont pu démontrer que les conquêtes salariales et sociales étaient possibles : salaires, congés, conditions de travail, temps légal de travail, convention collective, gestion paritaire d’un modèle social de qualité (sécurité sociale), etc.
Adhérer à un syndicat ou devenir militant permet de se faire entendre et de contribuer à la réussite des revendications. Sans le nombre, les organisations syndicales ont moins de poids face aux négociations à différents niveaux. Cela permet aussi d’aider les autres en apprenant à écouter, conseiller et informer les salariés, demandeurs d’emploi ou retraités.
Développer la syndicalisation reste alors un défi majeur pour continuer à établir le rapport de force nécessaire à l’obtention de nouveaux droits. Le rôle de régulation est également important pour exprimer les désaccords sans arriver à une crise sociale grave. En d’autres termes, il n’est pas question de laisser les gouvernements et les entreprises décider seuls de l’avenir des citoyens.

La jeunesse : entre statut social et identité à construire

Contrairement à ce que dépeignent les médias, la jeunesse n’est pas une génération désengagée. Les nouveaux modèles de travail, couplés à une certaine vision de ceux-ci, font que les jeunes ont une vision de l’engagement distincte par rapport aux générations précédentes.
Selon l’IRES, les « jeunes actifs » sont surreprésentés en tant que micro-travailleurs et 42 % des autoentrepreneurs ont entre 20 et 34 ans. De plus, un nombre important de cette frange de la population travaille dans des secteurs d’activité où la notion de collectif n’est pas concrète au quotidien, en étant « travailleurs isolés » et/ou sans contact avec les instances représentatives du personnel (TPE, plateforme type Uber, nouvelles technologies,…). De ce fait, les premiers pas dans le monde du travail sont bien différents du modèle salarial traditionnel.
Pourtant, la recherche d’une identité sociale et d’un revenu décent reste une constante de génération en génération. La centralité du travail et des projets sont décrits comme pourvoyeur d’épanouissement et de sens, recherchés par la jeunesse. Pour s’engager, il est nécessaire que les jeunes puissent s’identifier, avec notamment une prise en charge de leurs intérêts et de leurs préoccupations spécifiques. Il faut également noter qu’ils peuvent être mobilisés par plusieurs groupes militants et sous plusieurs formes : en tant que jeunes, travailleurs, ou comme précaires. Au final, le regard de la jeunesse à l’égard de l’engagement peut être fortement influencé par leur socialisation familiale, scolaire et professionnelle.

L’organisation dans le futur monde du travail : de nouvelles formes se profilent

Dans ce paysage bouleversé, il est également assez simple de concevoir l’importance de faire perdurer la négociation collective. Plus souple que la loi mais complémentaire à celle-ci, elle permet d’obtenir de nouveaux droits ou de contribuer à encadrer l’utilisation des nouvelles technologies par exemple. La tâche se complique à la vue des nouvelles formes de travail, dites « indépendantes », où les travailleurs se retrouvent isolés.
Il est compliqué de créer du collectif dans ces conditions, mais pas impossible ! De nouvelles formations ont vu le jour Outre-Atlantique où Freelancers Union a été créée aux États-Unis pour assurer une représentation de ces travailleurs atypiques. Le modèle de la coopérative de travailleurs est aussi à mettre en avant car cela permet aux salariés d’avoir de l’influence sur les décisions stratégiques de leurs entreprises.
L’objectif est clair : il est nécessaire de réussir le renouvellement des générations dans nos syndicats. Cet axe essentiel doit permettre à chacun de trouver sa place, de l’ancien militant au jeune adhérent. Toutes les forces vives seront importantes. Face à l’accélération des évolutions du monde du travail, la capacité des syndicats et des militants à trouver leur place est vitale. La transmission du savoir, la formation, le partage d’expérience, sont des leviers à exploiter pour réussir le passage de témoins aux générations futures. Pour toucher les jeunes et faire en sorte qu’ils comprennent le message syndical, celui-ci doit être adapté, aussi bien sur le fond que sur la forme. Les outils numériques doivent être utilisés à bon escient car on constate, par exemple, une utilisation quotidienne importante des réseaux sociaux par l’ensemble de la population : 135 minutes par jour soit près de 2 heures et demie (source : Enquête Statista – 2017). Mais la question qu’on peut se poser est : combien de temps cette tendance durera-t-elle ? Car comme toute évolution, elle peut progresser de façon exponentielle ou bien se déliter. Le mouvement syndical doit permettre aux futures générations de retrouver le contact humain qui est difficile d’avoir lorsque nous sommes derrière un écran, mais aussi la quête de sens et les valeurs qu’ils auraient perdu dans le monde du travail.

Des freins à prendre en compte pour construire l’avenir

Pour autant, les nouvelles technologies n’expliquent pas tout… Les contextes liés à l’éducation, à l’arrivée dans le monde du travail en pleine crise économique, à l’urgence climatique, au terrorisme, font que la nouvelle génération se trouve confrontée à diverses réalités, les rendant de plus en plus pessimistes au regard de ce qui les entoure. De plus, de nombreux obstacles peuvent brider les jeunes dans leur engagement, notamment ceux liés à l’individuel. Un tas d’enquêtes s’accordent sur deux points : pour près de 9 jeunes sur 10, il y a une volonté affirmée de concilier vie privée et vie professionnelle mais 1 sur 2 trouvent difficile d’établir une frontière entre les deux.
La crainte des conséquences liée à l’engagement syndical s’avère aussi être un frein de taille. Le 12ème baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi (Défenseur des Droits et OIT), publié en octobre 2019, indique que s’investir dans le syndicalisme est un risque pour l’emploi ou l’évolution de leur carrière pour près deux syndicalistes sur trois et 42 % des actifs. Cette tendance s’observe plus dans le secteur privé que dans le secteur public. Mais il ne faut pas s’y méprendre : l’engagement doit être considéré à sa juste valeur, un facteur de progrès social. Les discriminations portées à l’égard des syndicalistes enrayent cette dynamique et mettent en péril les droits des travailleurs et la démocratie. Ces réalités pourraient expliquer en partie le faible taux de syndicalisation en France.

FO Com, syndicat initiateur d’actions pour relever ce défi

uni-youthDe nombreuses actions ont été mises en place afin de rassembler les jeunes et les nouveaux arrivants autour de notre vision du syndicalisme : accueil des nouveaux embauchés sur le lieu de travail, opportunités de prises d’initiatives et de responsabilités, évènements syndicaux visant à fédérer les jeunes, représentation à l’international avec UNI Global Union, création de documentation pour informer des activités sociales ciblant particulièrement ce public, etc.

3 questions à… Laurent Duciel : Délégué syndical central et représentant syndical chez neolog.

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quel a été ton parcours syndical ?
Délégué Syndical Central de Neolog et représentant syndical au Comité d’Entreprise, ce qui m’anime, c’est l’amélioration des conditions de travail des salariés ainsi que leur pouvoir d’achat. L’objectif de ma démarche est clair : poursuivre et intensifier la défense des intérêts de tous les salariés. Nous travaillons en équipe avec les délégués du personnel et les CHSCT. Notre priorité est de donner de l’information au personnel.
En 2003, j’ai présenté ma candidature au CHSCT et lors des élections des délégués du personnel sous la bannière de FO. En 2005, j’ai été élu membre du comité d’entreprise avec comme résultat 35 % pour la liste FO. Puis, je me suis investi dans un mandat syndical en 2009.
Titulaire au Comité de Dialogue Stratégique et Social du Groupe La Poste (CDSG) pendant quatre ans, je suis également membre de la commission Mutuelle.
Notre implication syndicale a permis des avancées : ancienneté, treizième mois, mutuelle groupe, intéressement, participation. Neolog n’ayant pas de convention collective, toutes les avancées sociales se font grâce à des accords d’entreprise.

Quelles sont les activités de Neolog ?
Neolog dont la marque commerciale est Viapost et dont le capital est détenu à 100 % par le groupe La Poste existe depuis 2007. C’est une entreprise multi-sites qui se déploie dans toute la France. Elle regroupe cinq activités.
Pour le Réseau National Courrier, les agents trient le courrier par caissette de lettres, font de la concentration sur les sites puis de la dispersion vers les plateformes industrielles du courrier de La Poste. Il y a une dizaine de plateformes ou hubs Neolog. Depuis 2016, Neolog est en ELI (Equipes Logistiques Intégrées) qui travaille dans les locaux de La Poste. Neolog loue les locaux à La Poste pour des raisons d’optimisation immobilière et d’économies de coût de transport.
La deuxième activité est dédiée aux imprimés publicitaires. Les agents de Neolog préparent les « mains » d’imprimés publicitaires ; une main contient entre dix et quinze publicités… Ces mains de Publicités Non Adressées (PNA) sont distribuées par des postiers et des médiapostiers dans les boîtes aux lettres. Le marketing direct correspond à de la publicité adressée qui est triée et prise en charge par La Poste.
Quatrième activité, les agents de Neolog traitent les colis pour Colissimo, et préparent les tournées des colipostiers en triant les colis en amont pour faciliter la tournée des facteurs.
Enfin, les Petits Paquets « Import » (PPI) arrivent essentiellement de Chine et d’Allemagne et sont traités par Neolog. Il s’agit de la préparation de tournées pour les facteurs. Cette activité est entièrement mécanisée.

un mot sur la réforme du CSE ?
Chez Neolog, la mise en place du Comité Social et Économique (CSE) est prévue en septembre 2019 avec une Commission Santé Sécurité et Conditions de Travail. Pour nous, salariés de droit privé, c’est un grand changement ! Désormais, il faudra raisonner sur le plan national. Comme Neolog est une entreprise multisites, aussi bien la Direction que les organisations syndicales trouvent un intérêt à négocier la présence « d’agents de proximité » en fonction des résultats aux élections pour le CSE. Ces agents n’ont pas de mandat mais des heures de délégation dont le nombre est négocié. Les conséquences de cette réforme seront lourdes quant à la qualité du dialogue social. Par exemple, les syndicats auront moins d’informations sur le plan local, ce qui peut accroître les risques psychosociaux, les frustrations et cela peut détériorer les conditions de travail. Et même la présence d’agents de proximité ne remplacera pas l’élu de terrain qu’était le délégué du personnel. L’information sera moins fluide et moins variée.
Moins d’élus, moins de mandats à distribuer aux adhérents, cette réforme a déjà des conséquences néfastes sur le syndicalisme français.
C’est un cercle vicieux car les salariés qui ne pourront pas être reconduits dans leurs mandats faute de place vont être frustrés et pourront même avoir de la rancœur.
Dans tous les cas de figure, le syndicalisme de terrain va être amoindri à partir des prochaines élections en septembre 2019 et même si le dialogue social est relativement correct, le doute s’installe…